Histoire du canal de gignac


Un canal conçu pour la sauvegarde de la vigne

L’ASA du Canal de Gignac gère un périmètre irrigué gravitaire d’environ 3000 ha dans la moyenne vallée de l’Hérault, à une trentaine de kilomètres au Nord-Ouest de Montpellier.

L’ASA, créée en 1879, regroupe les propriétaires fonciers des biens inclus dans le périmètre syndical. L’objectif initial du canal était l’intensification de la culture de la vigne, la lutte contre le phylloxéra et les possibilités de diversification des cultures.

Le périmètre est desservi par un canal principal de 50 km et un réseau de canaux secondaires et tertiaires amenant l’eau en tête de parcelle.

Un mode de fonctionnement hérité du 19ème siècle

Le périmètre syndical, depuis l’origine, est entièrement alimenté par un prélèvement sur l’Hérault situé au barrage de la Combe du Cor, situé dans les gorges de l’Hérault en amont de St Guilhem le Désert.

Le droit d’eau de 3500 l/s sur le fleuve Hérault (porté à 5000 l/s en période de crue) a été attribué à l’ASA par la loi de 1882.

Le canal principal, qui s’étend sur 50 km permet le transport de l’eau entre la prise et le réseau de distribution.

Les débits sont contrôlés manuellement au barrage de prise, puis à distance :

 à Belbezet et au partiteur dans les gorges,

  • à Gignac (sortie du souterrain), à l’Aurelle (Popian), Pont de Lussac (Pouzols) et St Jean (Tressan) en rive gauche,
  • à l’Avencq (St Jean de Fos), Lagarelle (St André de Sangonis), Mas Rouvière (Ceyras) et Ceyras en rive droite.

Les niveaux sont régulés par divers ouvrages : murettes, batardeaux, becs de canard (actuellement une cinquantaine d’ouvrages répartis entre la rive droite et la rive gauche).

Les volumes stockés en ligne sont très faibles. Il est quasiment impossible de jouer sur le volume des biefs du canal pour réguler l’offre en fonction de la demande.

Le réseau de distribution traditionnel compte 200 km de canaux secondaires et tertiaires amenant l’eau en tête de parcelle, avec un module de 35 l/s. La distribution est principalement au tour d’eau : les utilisateurs prennent la totalité du module transité dans un canal tertiaire, chacun à leur tour.

Depuis la fin des années 1990, un programme de modernisation a démarré, permettant d’amorcer progressivement la conversion des réseaux gravitaires en réseaux pression. Le réseau de distribution modernisé compte 60 km de canalisations pression, répartis en 16 réseaux, desservant environ 200 ha sur les 3000 souscrits. Le mode de distribution sur ces réseaux est principalement à la demande avec un débit fonction de la surface de 3,6 m3/h par hectare souscrit. La modernisation des réseaux permet d’envisager une économie d’eau annuelle d’environ 10 000 m3/ha. Ainsi, entre 2000 et 2008, trois phases de densification ont été menées, qui ont permis de gagner 10 % d’efficience. Une accélération significative du rythme de conversion (30 ha/an en moyenne à l’heure actuelle) permettrait de réaliser de substantielles économies d’eau.

 

L’arrosage par aspersion représente 7 % des surfaces du périmètre et l’arrosage goutte-à-goutte environ 15 %. Parallèlement, sur les cultures de diversification, un certain nombre d’agriculteurs ont déjà équipé leurs parcelles de systèmes d’irrigation localisée, à titre individuel, et sur des réseaux de distribution gravitaires.

Une mutation profonde du territoire et une nécessaire adaptation de l’ouvrage aux nouveaux défis

Ce système, conçu à la fin du 19ème siècle, doit être adapté à la mutation des usages de l’eau, notamment dans le domaine agricole, à la mutation du territoire et à l’évolution de la contrainte sur la ressource.

Dans le secteur agricole :

La culture prédominante reste la vigne, avec près de 80 % des surfaces souscrites, puis viennent l’arboriculture, les grandes cultures et le maraîchage. L’analyse montre qu’au fil des décennies, la présence du canal a permis de protéger l’outil de production agricole, en limitant les campagnes d’arrachage pour la vigne ou en permettant les cultures de diversification. Cependant, l’évolution des assolements, des pratiques agricoles et la modernisation de l’agriculture engendrent de nouveaux besoins. Les agriculteurs souhaitent un système de distribution en adéquation avec leurs contraintes de production. La desserte en eau basse pression ou pression permet de développer un service à la demande, souple d’utilisation, et adapté aux techniques et aux matériels d’irrigation modernes, permettant un pilotage fin de l’irrigation (maîtrise des périodes et des volumes d’apport).

Dans le secteur urbain :

La zone urbaine globale souscrite au périmètre représente moins de 10 % des surfaces totales. Les besoins urbains en eau sont en perpétuelle augmentation (+50 % des surfaces jardins en 10 ans) et correspondant majoritairement au changement de destination d’anciennes terres agricoles. Cependant, la contribution financière de cet usage au budget de l’ASA s’élève à plus de 30 %. Le fonctionnement de l’ASA doit intégrer cette évolution de la représentation des usages loisir, au même titre que l’évolution de la demande de cette catégorie d’usagers : un service à la demande, non contraignant. Les collectivités locales se font le relais d’une telle demande, pour offrir un cadre de vie agréable tout en préservant leurs ressources en eau potable. Beaucoup se positionnent sur des projets de double-réseaux.

Au-delà de ces deux usages prépondérants, le canal permet le maintien d’une activité industrielle importante d’extraction de graviers, en fournissant une eau de process aujourd’hui considérée comme bon marché et en grande quantité.

La présence du canal est également favorable à de nombreux milieux naturels : ses décharges et déverses permettent de soutenir le débit de quelques cours d’eau (Lussac, Lagarel, Rieu, fossé St Jean, …), d’alimenter des zones humides et de façon générale, de créer une coulée verte favorable au milieu et aux habitants du périmètre.

L’évolution de la réglementation : vers un partage organisé de la ressource

Depuis les premières études précédant l’édification du canal, où le fleuve Hérault semblait présenter toutes les garanties quant à la sécurité de l’approvisionnement en eau, le contexte réglementaire a fortement évolué avec la prise en compte des intérêts des écosystèmes et le partage nécessaire de la ressource entre les différents usages.

En 1992, la loi sur l’eau fixe le principe de la gestion équilibrée de la ressource en eau, de la satisfaction des usages tout en garantissant la fonctionnalité du milieu et de l’approche multi-acteurs de la gestion de l’eau. Ces principes ont été repris et renforcés par la loi sur l’eau et les milieux aquatiques de 2006, qui transcrit les objectifs de la Directive Cadre sur l’Eau européenne, en fixant entre autre l’atteinte du bon état écologique d’ici 2015.

Au regard de ces objectifs, le fleuve Hérault sur la portion correspondant au territoire du Canal de Gignac (masses d’eau superficielles n°161 et 169) présente un doute voire un risque fort de « non atteinte du bon état » du fait de « forts prélèvements et modifications du régime hydrologique ». Le SAGE Hérault identifie le Canal de Gignac comme le principal préleveur d’eau du secteur karstique des Gorges de l’Hérault et considère comme prioritaire la minimisation de l’impact de ces prélèvements sur le fleuve.

Le projet de Contrat de Canal : un outil pour faire face aux défis, dans une logique de développement durable

Le projet de Contrat de Canal découle directement du constat des mutations du territoire et de la nécessité de réduire l’impact quantitatif des prélèvements du Canal au seuil de prise.

C’est un outil opérationnel qui permet d’accompagner les mutations auxquelles est confronté le Canal de Gignac et qui vise à accompagner un changement d’approche stratégique : passer d’une vision « technique » d’infrastructure réseau à une vision de territoire. La démarche de Contrat de Canal est une réflexion de fond sur les usages et le devenir du Canal de Gignac, permettant de réunir tous les usagers concernés par une même ressource, en vue de convenir ensemble d’un plan de gestion durable et partagé.

La concertation a permis de réunir les usagers, les quatorze communes concernées par le canal, les partenaires institutionnels et les autres acteurs locaux du territoire, réunis au sein du Comité de Pilotage.